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Témoignages

« C’est une expérience enrichissante, grandissante et formatrice que j’ai pu vivre pendant trois mois lors de mon stage à Montréal, dans le cadre de ma formation d’éducateur spécialisé.
Suivez l'échange de Lucie ; dans le cadre du dispositif "Horizon"- étudiante en ES 16 - en Inde

Mobilité Internationale à Delhi - Inde / épisode 2

La sensation que le temps s’est arrêté depuis mes premiers pas en Inde, n’a cependant pas impacté sa vitesse d’écoulement… Me voilà maintenant à  mi-voyage. 
 
Depuis les premières nouvelles, je ne pourrai conter l’ensemble de mes ressentis et expériences vécues, trop nombreux sont-ils ! A travers certains d’entre eux, je vais cependant essayer de vous partager ma rencontre avec ce pays.
 
•      Project Why
 
Comme évoqué dans l’article précédent, j’ai pu choisir où je souhaitais me positionner tout au long de mon stage. Le choix fut dur !
Mon intérêt s’est, dans un premier temps, pointé sur un petit centre situé au cœur d’un bidonville (à “Okhla”). 
 
Okhla
 
 
Ce centre accueille les jeunes du bidonville sur des temps où ils ne sont pas en classe (scolarisés niveau “primary” et “secondary”). Cependant ces temps “sans école” occupent la demi-journée de ces écoliers. L’effectif des enfants étant bien trop élevé face au nombre d’enseignants, les écoles ne peuvent accueillir les élèves sur l’intégralité d’une journée. 
Les éducateurs du centre d’Okhla ont donc aménagé les journées en 4 temps (2 tps AM / 2 tps PM). Des groupes d’enfants sont accueillis sur chacun de ces temps (durée: 1h00 – temps très court dû à l’effectif très élevé des jeunes).
Au programme : renforcement scolaire (anglais et maths principalement), avec en amont des activités d’expression telles que le dessin, le théâtre, etc. 
Lorsque j’y suis, j’ai en responsabilité des petits groupes d’une moyenne de 5-6 jeunes (bien moins nombreux que les groupes des autres éducateurs, la présence des volontaires et stagiaires n’a évidemment pas pour but de compenser un manque… l’équipe de l’asso roule a 100%!). Avec ces différents petits groupes, je compose (avec les jeunes) le programme du jour. 
Une des lignes directives : renforcer la confiance en soi de ces jeunes qui sont souvent prisonniers des préjugés et considérations affligés à leur milieu social (et leur caste), croire et leur faire croire en leur potentiel.
Au delà de l’intérêt que je porte aux missions de ce centre, mon coup de cœur se situe dans son cadre de vie. Sa position géographique permet d’être au milieu du quotidien des jeunes et de leurs familles. Je peux donc rencontrer matin, midi et soir les parents, déambuler entre les habitats, observer le milieu de vie et quotidien de ces jeunes avec qui je suis chaque jour… point qui m’intéresse particulièrement !  
Apres plusieurs rencontres et échanges passionnants avec les éducatrices de la “special section”, j’ai choisi depuis deux semaines de mixer mon temps entre le centre d’Okhla et cette section.
 
 
 
 
Special section
Je suis donc désormais également sur le centre accueillant des personnes (majoritairement) du bidonville en situation d’handicap (mentale et physique). 
Cette fois-ci le programme est réparti entre yoga, exercices physiques / moteurs, enseignements spécialisés, jeux et activités pour favoriser et stimuler les fonctions cognitives, la créativité, le self care, la socialisation… Place à notre créativité pour imaginer, concevoir jeux et activités répondant aux capacités de chacun et en accord avec les moyens matériels locaux. C’est impressionnant tout ce qu’on peut créer / aménager avec quelques bouts de papiers, crayons, éponges, clous… Je prends plaisir à essayer d’imaginer, construire, mettre en place des activités avec le strict minimum (activités que les jeunes pourront donc reproduire chez eux). 
Petit projet en cours: activités autour des émotions. 
Un sujet qui m’intéresse également en ce moment est : handicap et culture, quel impact ? (questionnements et intérêts suite à plusieurs constats… à suivre!). 
 
Une des éducatrice de la section est également étudiante en formation d’éducateur spécialisé, on discute et partage donc énormément sur nos apports théoriques entre l’Inde et la France, nos expériences… on commence donc à réfléchir a ce sujet culture / handicap. 
 
La semaine dernière avec ma coloc (graphiste / designer) nous avons travaillé sur l’aspect communication en créant un nouveau flyer pour l’asso (pour ma part, je me suis chargée du coté photos).
 
Car oui, j’ai eu ma première coloc (Alice) !! Elle est venue pour deux semaines seulement, mais ce fut une période vraiment chouette en sa compagnie. Elle est maintenant repartie chez elle, direction l’Angleterre ! Prochaine coloc, dans une semaine (américaine cette fois). 
 
•      L’éducation
 
Comme vous avez pu le comprendre, les conditions scolaires ne sont pas en faveur des écoliers (ni des enseignants). Le sous-effectif des enseignants vis-à-vis des jeunes résulte à la création de classe comprenant 50 (voir plus) d’élèves pour un seul enseignant. 
Des jeunes de l’asso, ont également relevé l’absence d’eau potable (y compris en période chaude), parfois l’absence de toilettes, des professeurs épuisés… 
Avec l’appui de leurs éducateurs de Project Why, ils ont donc rédigé individuellement des lettres pour exposer leurs indignations au gouvernement.
 
 
 
article au sujet de cette mobilisation. 
 
Et encore, les jeunes que je côtoie vont a l’école… ce n’est pas les cas de l’ensemble des enfants indiens. Même si l’école est devenue obligatoire depuis quelques années, nombreux sont les jeunes, voir très jeunes enfants que je croise quotidiennement dans la rue en train de travailler (ou faire la manche). 
 
•      Pollution et problèmes d’eau
 
Ce problème d’eau ne se limite pas aux écoles. 
La rivière qui permet l’approvisionnement en eau de la ville de Delhi est en train de s’éteindre. En effet, les polluants en masse et les eaux usées, détruisent et étouffent peu à peu la rivière Yamuna (niveau d’oxygène dissous de plus en plus faible). En parallèle, la consommation d’eau ne fait que croître (hôtels, centres commerciaux, productions industrielles…). 
Au sein des foyers, il est donc courant de ne plus avoir d’eau pendant quelques heures, un jour, ou plus… Je m’y confronte donc également dans mon appartement. 
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, prenez quelques minutes pour lire l’article “A River about to Die : Yamuna” (accessible sur internet). 
Sur différents plans, la pollution est donc un véritable enjeu en Inde (et d’autant plus dans une grosse ville comme Delhi) !! 
 enjeux de la pollution
 
 
•       Couleurs politiques
 
Le 17 février, événement important à Delhi: les élections. L’ambiance ne manquait pas ! Il était intéressant de constater que tout le monde se sentait concerné. Entre les cris, les drapeaux agités, les tracts distribués, etc., j’ai pu assister à un vrai défilé dans tous les coins de la ville ! 
Grande nouvelle: renversement politique ! Depuis quelques années le parti BJP (Bharatiya Janata Party) avait pris le devant (parti de droite nationaliste hindoue), et suite à ces nouvelles élections, un tout jeune parti s’est retrouvé en tête : le parti AAP (Aam Aadmi Party). Ce parti s’est fondé en 2012 suite à un mouvement anti-corruption. Se proclamant populaire, il est socialiste et novateur dans ces idées en souhaitant lutter contre la hausse des prix de l’électricité, soutenir les minorités, aider les victimes de viol, défendre l’homosexualité… changement de couleur intéressant ! 
 « jeunes partisans » du parti AAP a Okhla.
 
 
•      Mariage et rapport des sexes
 
Il y a quelques semaines, j’ai été invitée à un mariage (frère d’une collègue) ! Sacrée expérience culturelle…
 
La fête : préparation
Revenons tout d’abord à la préparation, ou plus précisément “ma” préparation… instant quelque peu mémorable ! 
 
Scène : Jour ordinaire au centre d’Okhla, les éducateurs terminent tranquillement leur lunch tout en commençant à préparer le chai. Pendant que l’eau boue doucement tout en s’imprégnant des saveurs épicées massala, on évoque les élections, puis la santé du papa de Sita, et enfin le frère de Pinky qui se mar… “LE MARIAGE, c’est aujourd’hui, ce soir, dans quelques heures……!!”. Soudaine prise de conscience accompagnée de la question existentielle : comment je vais m’habiller ?? Petits sourires en coin, les éducatrices me regardent puis me sifflent à l’oreille: “you need a SARRRII!”.
Et c’est parti pour une expédition commando à travers le bidonville, à la recherche de cet incontournable tissu nommé SARRRI. De porte en porte, nous demandons si une maman n’aurait pas dans un petit coin de chez elle un sari qui pourrait m’aller… La mission fut assez vite expédiée, ici toute femme a un, deux, trois saris!! 
Quelques petits raccommodages au crayon de papier pour l’adapter à ma taille, et le tour était joué, me voila transformée ! Transformée ? Ou presque… et la coiffure ? le maquillage ? le henné ? les bijoux ?? 
A peine le temps de reprendre mon souffle, me voilà de nouveau entourée d’un bon petit groupe de femmes (collègues et mamans -qui s’ajoutaient une a une-) appliquées à me passer un peigne dans les cheveux, me décorer les deux avant-bras d’henné, me maquiller… 
Sans oublier que l’après-midi a sonné. Les femmes ne sont donc plus les seules à tournoyer, gesticuler autour de moi… mais sont désormais accompagnées des enfants qui entrent également en scène en prenant plaisir a se mêler au jeu ! 
Jour ordinaire au centre d’Okhla.
 
Fête: cérémonie (petite précision : mariage arrangé)
Apres deux heures de routes. Non, non le mariage a bien lieu à Delhi. Oui, oui deux heures de route c’est bien ca ! -Temps nécessaire pour traverser la ville en voiture…-  Nous voila rendu sur le lieu, non pas du mariage, mais du début de la parade du futur marié. Tradition: l’homme accompagné de ses proches (familles / amis), rejoint sa future épouse (déjà sur le lieu de la cérémonie) en défilant sur le dos d’un cheval derrière une fanfare. La parade se déroule de façon séquencée avec des brèves pauses où l’on danse tout en faisant exploser des feux d’artifices.  
Arrivés sur le lieu de la cérémonie, les futurs mariés se rejoignent, puis on célèbre ce nouveau couple tout en mangeant, dansant… La fête se termine par un temps photos auprès du couple. Tout au long de cette cérémonie je ne pouvais m’empêcher d’observer cette jeune fille (19 ans peut-être…) nouvellement mariée. Visage triste, tête baissée, elle ne dégageait aucune lueur joviale. Interrogeant les gens autour de moi, je réalisais alors que cette fête était sa dernière soirée en présence de sa famille. Dès le lendemain, au petit matin, elle devra quitter son foyer familial pour s’installer dans la famille de son mari, famille qui lui est inconnue… 
 
Le lendemain : instant cadeaux ...
Le lendemain, une fois la journée au centre terminée, nous sommes allés offrir un cadeau à la nouvelle mariée. Je me retrouve alors de nouveau face à cette jeune fille, mais cette fois-ci recroquevillée par terre, voilée de la tête aux pieds et enfermée dans une salle (pendant que le mari et toute sa famille continuent de festoyer en mangeant, dansant…). Elle se dirige alors vers nous pour nous toucher les pieds (signe de reconnaissance), tout en étant guidée par la belle-mère (sachant que son voile l’empêche de voir). Puis la belle-mère, nous montre de façon éclair le visage de la nouvelle femme de son fils. 
Sensation troublante... Quelle considération pour cette jeune femme ? Quelle place dans ce nouveau foyer ? Dans son couple ? Je ressors de l’appartement cœur serré en prenant conscience de la vie, place et considération de femmes dans certaines (voir beaucoup) de familles encore aujourd’hui dans ce pays (et ailleurs !). 
 
Rapport des sexes : Vous venez d’en avoir un premier aperçu…
Petite anecdote qui va continuer l’illustration : 2 jours après mon arrivée, une merveilleuse nouvelle est arrivée de France : la naissance d’Ambre, fille de ma sœur ainée (ma première petite nièce) ! 
Je m’empresse de l’annoncer aux filles de l’asso ! Et là, toutes émues elles me demandent « Et comment elle se porte ?? Elle va bien ??? ». Suite à mon air étonné vis-à-vis de l’importance accordée à la question, elle m’informe qu’en Inde un grand nombre de femmes avortent quand elles apprennent qu’elles portent une fille. La dote versée après le mariage (qui est toujours d’actualité) est très élevée. Les familles privilégient donc les naissances des garçons. Et si une fille voit le jour, les parents ne disent pas si elle va bien ou non, ils ne disent rien (ce n’est pas le cas pour les garçons). Elles étaient donc ravies d’apprendre que cette petite fille aille bien (et très contentes de pouvoir poser la question, car elles se refusent de la poser pour des familles indiennes). 
Personnellement je n’ai pas encore vécu ce rapport et cette inégalité de genre. Certes je suis observée de la tête aux pieds à chaque pas que je fais dans la rue, mais c’est davantage dû au fait que je sois blanche. Ils sont curieux face à ce visage occidental... Et au final, à ce même instant je fais pareil : scruter toutes les choses nouvelles qui m’entourent… Sauf que pour moi elles se dénombrent par centaines, voir milliers, donc mon regard loin d’être fixe et au contraire totalement éparpillé ! 
Je vois cependant ce clivage, dans de nombreux lieux, attitudes, discours, postures et actes scandaleux (actualité récente…). 
 
 
•      Visite de la ville et ses alentours
 
A chaque temps libre (soirs et dimanches – le week-end ne dure qu’une journée ici!), je m’échappe pour explorer Delhi et ses alentours. Les monuments, markets, temples, parcs, etc. ne manquent pas ! 
 
Temples
Les temples ? On les trouve dans toutes les rues, de toutes les tailles, avec toutes sortes de divinités… On ne peut pas passer au travers tant au plan visuel (couleurs explosantes), auditif (musiques et chants qui s’y évadent) et olfactif (encens qui parfument les rues). Et puis même, ce serait bien dommage de ne pas stopper sa route pour s’y poser un court instant ; d’autant plus que l’hindouisme est la religion prédominante en Inde et que la culture du pays prend en grande partie racine dans cette spiritualité. Si vous avez la chance d’en croisez un, je vous conseil de vous asseoir un petit moment, d’écouter la musique et les chants, et au coucher du soleil observer le prêtre agitant une clochette pour offrir à la divinité présente les cinq éléments (eau, terre, feu, air et le tout), un vrai spectacle ! 
Un temple un peu particulier a Delhi, se nomme “Lotus Temple”. Ce temple ne se limite pas a l’hindouisme, mais relève d’une doctrine (baha’ie) vénérant tous les prophètes des grandes religions. Je connais donc des hindouistes et musulmans qui s’y rendent ensemble pour prier. Comme son nom l’indique, il a la forme d’une fleur de lotus (avec les 27 pétales). Le message qu’il veut revendiquer: “Ce n’est pas d’aimer son propre pays qu’il convient de glorifier, c’est d’aimer le monde tout entier. La Terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens”.  
 
Tombes mongoles
A partir du XV et XVI s., les mogols fondèrent une quatrième dynastie musulmane en Inde. Suite à cette nouvelle dynastie, ils édifièrent les premiers monuments funéraires. Avant l’arrivée musulmane la tradition socioculturelle étant l’incinération, ces monuments furent tout nouveaux dans le pays (également sur le plan architectural).
A Delhi, on peut aller jeter un coup d’œil à la tombe de Safdarjang ou au tombeau d’Humayun.
Et si on fait quelques kilomètres, on peut aller visiter le célèbre mausolée construit à Agra en hommage à l’amour perdu de l’empereur Shah Jahan : le Taj Mahal.
La légende raconte que son épouse serait morte en donnant naissance à leur 14e enfant et qu’il aurait alors convoqué l’architecte perse le plus célèbre et tué sa fiancée. Comprenant la douleur du monarque, l’architecte aurait pu imaginer le Taj Mahal. La construction aurait duré 17 ans avec la présence de plus de 20 000 artisans. Au delà cette légende romanesque, la visite du monument est un pur spectacle : un régal pour les yeux ! J’y étais avec Alice il y a une semaine, et on est encore éblouie par les images qu’il nous a offert.  
 
Markets divers et variées 
L’incontournable: les marchés !! Les marchés c’est autant les petits stands sur les routes et trottoirs que les shops successifs dans les rues. Si on aime les ambiances animées, qu’on n’a pas peur de la foule, du bruit et du marchandage, c’est à faire ! Il suffit juste d’être bien en forme et de se laisser prendre par le voyage entre les habits, chaussures, bijoux, foulards, épices, bricoles en tout genre… 
Je me prends de plus en plus au jeu du marchandage, car oui pour les indiens c’est un peu comme un jeu qui fait place à l’échange (et au fur et à mesure de celui-ci, une relation sympathique se crée entre le vendeur et le client) ! Il va falloir que je fasse attention à ne pas essayer de négocier les prix à mon retour en France (3€ le camembert ?? C’est trop cher, trop cher… c’est ok pour 1.50€?).
 
 
Que des lieux bien intéressants à découvrir, mais bien souvent lorsqu’on me demande “qu’est-ce que tu préfères faire / voir à Delhi ??”, la réponse qui me vient est : marcher dans la rue, observer toute la vie qui s’en dégage, prendre le temps de m’arrêter pour discuter avec les gens que je croise puis partager avec eux un chai ! 
 
Quelques miettes de ces 1 mois et demi de rencontre avec ce pays…
 
En espérant que cet article vous ait transporté durant quelques minutes sur les terres indiennes,
 
Bonne continuation à tous et à très vite ! 
 
Lucie
 
PS : événement à venir… Dans quelques jours c’est Holi Festival !!!!!!!